L'ENFANCE D'UN FILM

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ACTE V : à LA CONQUÊTE DU MONDE

 

 

 

   

 

 

        Scène 1 : Fabrication Des Copies En Série

          

        Le directeur de l’usine est dans son bureau, en train de discuter avec un client chargé d’apporter l’exemplaire du film pour le faire dupliquer.

Le directeur de l’usine (debout derrière son bureau) : « Bonjour. Asseyez vous... Vous m’apportez l’exemplaire du film dont vous m’avez parlé l’autre jour au téléphone, je suppose ? »

Le client (en s’asseyant) : « Oui, tout à fait. J’en ai discuté avec le producteur, et on a décidé que, même si le film semblait avoir un potentiel certain, on ne voulait pas prendre trop de risques en distribuant les copies à la quasi totalité des salles. »

Le directeur de l’usine : « Je comprends... »

Le client : « On a donc contacté tous les cinémas des grandes villes, et la plupart ont signé un contrat avec nous parce qu’ils trouvaient que l’idée du film était intéressante et pourrait sans doute attirer pas mal de spectateurs. Quelques autres, en revanche, ne nous l’ont pas pris parce que, et c’est vrai que ça peut être assez souvent quelque chose qui rebutent les diffuseurs, l’affiche n’était pas suffisamment attrayante : sans acteur vraiment connu. Malheureusement, le talent, en l’occurrence ici celui de la jeune actrice qui joue le rôle principal, ne suffit pas toujours... »

Le directeur de l’usine : « Hélas, c’est un peu vrai... Néanmoins, je vous dirais, et vous l’avez sûrement remarqué, que c’est très souvent le public qui reste le seul maître, même si c’est certain qu’il subit des influences des critiques. »

Le client : « Vous avez raison. Tout se joue en général lors des premiers jours de projection. On a plus qu’à attendre... »

Le directeur de l’usine : « Bon, en attendant, regardons le nombre de copies que vous souhaitez et voyons le délai de fabrication. Si vous... » (Entre brusquement un homme).

L’homme : « Je veux voir le patron ! C’est inadmissible ! » (Le directeur de l’usine, inquiet, va rapidement à sa rencontre, tandis que le client, étonné, reste assis et silencieux).

 

 

 

        Scène 2 : Approvisionnement Des Différents Cinémas

          

        Deux employés d’un cinéma viennent de recevoir le livreur qui a amené les bobines des films qui vont être présentés pour la première fois sur les écrans la semaine prochaine.

Le premier employé : « Voilà ; les films de la semaine prochaine sont tous là. »

Le second employé : « Il n’y a plus qu’à les transporter dans les salles respectives où ils seront projetés pour leur première fois. C’est lequel qui va être présenté dans la grande salle ? »

Le premier employé : « Celui-là... C’est à lui qu’on fait, comme tu dis, la haie d’honneur, cette fois... »

Le second employé : « C’est vrai que celui qui est proposé dans la grande salle le jour de sa sortie, est presque toujours l’événement de la semaine, le film qu’on a entendu le plus parlé, celui qui a sûrement un des plus gros budgets en publicité... »

Le premier employé: « Oui, tu as raison, ce sont ceux là qui ont le plus de chance de... marcher, comme on dit... Mais je crois que ce n’est pas la peine de te citer des titres de films pour que tu sois d’accord avec moi, sur le fait qu’il n’y a pas de recette précise du chef-d’œuvre ou du succès, ou même des deux réunis... On travaille là tous les deux depuis assez longtemps pour avoir vu plusieurs fois un film présenté comme le grand évènement d’une semaine, et puis que ses projections s’arrêtent après seulement 15 jours, 3 semaines ou un mois, parce qu’il n’attire pas suffisamment de spectateurs. »

Le second employé : « Ca doit être vraiment difficile à vivre pour l’équipe du film que leur enfant, car c’est un peu leur enfant, soit boudé par le public. Chacun doit avoir l’impression que toute l’énergie qu’il a mis pour mener le projet à son terme, n’a pas servi à grand chose. »

Le premier employé : « Effectivement, ça ne doit pas être simple... Cela dit, ils ont choisi ce qu’ils font, c’est leur passion, et ils savent bien qu’il est difficile de prévoir l’accueil que réserveront les gens pour une mise en scène. Moi, ce que je trouve intéressant, c’est quand une partie de l’équipe du film s’implique fortement pour tenter de faire connaître leur nouvelle réalisation. Le fait de faire des avant-premières dans différents cinémas, pour faire découvrir le film, porte quelques fois ces fruits... »

Le second employé : « Allez, finie la pause : on a du boulot... » (Ils sortent, en emportant les films qui seront diffusés la semaine prochaine).

 

   

 

        Scène 3 : Promotion Du Film Dans Les Médias

          

        Une journaliste interviewe le réalisateur pour une émission de radio.

La journaliste : « Dès les premières scènes du film, l’actrice principale prend parfaitement son rôle en main ; elle semble l’interprète idéale pour ce genre de personnage. Comment avez-vous eu l’idée de faire appel à elle, alors qu’elle n’est pas encore vraiment connue du grand public ? C’est un risque ! »

Le réalisateur :  « En fait, je l’ai déjà vu jouer dans trois ou quatre courts métrages, et quelles que soient les émotions qu’elle avait à faire passer, je trouvais qu’elle le faisait toujours avec beaucoup de subtilité mais aussi beaucoup de lucidité. Lorsque j’ai pris connaissance de l’histoire et des personnages de ce film, j’ai cherché un moment, puis j’ai pensé à elle pour le rôle principal. On a pris contact ; on s’est vraiment bien entendu sur le plateau de tournage, et c’est vrai que je suis très content de sa prestation. »

La journaliste : « L’histoire en elle-même ne se veut pas particulièrement originale, mais c’est surtout la façon dont on la perçoit, le point de vue dans lequel on la vit qui rend le film intéressant. »

Le réalisateur : « C’est vrai que ce qui m’a vraiment emballé, lorsqu’on m’a proposé de mettre en scène ce film, c’était la façon dont l’histoire était menée. J’ai tout de suite senti quelque chose d’attirant à la lecture du scénario. J’ai rapidement dit oui pour ce projet, car j’avais l’impression de ressentir instinctivement l’atmosphère qui entoure cette histoire. »

La journaliste : « Je vois. Ecoutez, on va faire une petite pause, et on se retrouve après, OK ?  Merci d’être toujours à l’écoute ; on continue notre discussion juste après cet extrait de la musique du film, alors à tout de suite. » (Ils enlèvent tout les deux leur casque et s’éloignent de leur micro respectif).

 

 

   

        Scène 4 : Première Présentation En Salle

         

        Un couple dans une salle de cinéma.

L’homme (s’arrêtant au milieu d’une rangée de sièges) : « On se met là ? »

La femme : « OK. (S’asseyant) Ca va, on est bien placé. »

L’homme (après s’être assis) : « Bon, d’après ce qu’en disent plusieurs journaux, c’est un film assez réussi. A part quelques critiques qui le trouvent sans grand intérêt comme toujours, dans l’ensemble... elles sont assez bonnes. »

La femme : « Moi, j’en ai entendu parler à la radio. Il y avait une interview du réalisateur. C’était deux jours avant la première sortie en salle. Il disait qu’il était un peu fébrile, qu’il ne savait pas comment le grand public allait accueillir son film, mais il semblait confiant ; il avait peut-être déjà lu les critiques... »

L’homme : « Tu as entendu la B.O. ? »

La femme : « Oui, ils ont passé le générique, et j’ai bien aimé la mélodie. »

L’homme : « L’actrice principale est assez jeune, mais elle a déjà joué dans un film, il y a quelques mois. Heu... Je ne me souviens plus du titre... Heu... Tu ne te rappelle pas ; le réalisateur, c’était... »

La femme : « Chut ; ça va commencer... » (Ils se taisent, se tournent tous les deux vers l’écran, prêts à découvrir ce nouveau film).

 

                        

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