L'ENFANCE D'UN FILM

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ACTE III : LES PREMIÈRES ÉMOTIONS

 

 

 

   

 

 

        Scène 1 : Exemple De Scène En Extérieur

        

        L’équipe de tournage est regroupée dans le jardin d’une villa.

Le réalisateur (à l’ensemble de l’équipe) : « OK ! Tout est en place ? (En se tournant vers l’acteur et l’actrice) Je vous rappelle en quelques mots le contexte de cette scène. (A l’acteur) Toi, tu viens juste d’apprendre par celui que tu penses être ton plus grand ami, mais qui te déteste en fait, que ta femme te trompe, mais tu restes impassible et joue l’ironie, car tu préfères la vengeance pure plutôt que la discussion. (A l’actrice) Et toi, tu reviens de chez celui qu’il croit ton amant, pour faire des éloges, sans aucun sous-entendu pour toi, sur ce dernier, (se tournant à nouveau vers l’acteur) ce qui t’excède d’autant plus que tu crois qu’elle ose être fière de celui qu’elle te cache. C’est bon ? (A l’ensemble de l’équipe) Allez, on y va.  Moteur. »

Le premier cadreur : « Ca tourne. »

Le clapman : « Discussion dans le jardin de la villa : première. »

Le réalisateur : « Action ! »

L’acteur : « Alors, ta soirée c’est bien passée ? Tu t’es bien amusée ? »

L’actrice : « Oui, oui, c’était très sympa. Tu sais, depuis que tu refuses de le voir, il n’est vraiment pas très bien. »

L’acteur : « Il a pourtant su organisé une fête, non ?... »

L’actrice : « C’était chez lui, mais c’était moi et une de mes copines qui l’avaient organisée, pour le distraire. Malgré tout ce qu’il lui arrive, il ne désespère pas. Pourquoi tu ne veux pas au moins essayer de le revoir ? »

L’acteur : « Avec ce qu’il m’a fait il y a cinq ans ?... Sûrement pas ; mais je vois bien qu’il a l’air vraiment très courageux et que tu l’apprécies beaucoup... »

Le réalisateur : « Coupez ! Jusqu’ici, c’est parfait. On garde la prise. »

 

 

 

        Scène 2 : Maquillage Des Acteurs

          

        La maquilleuse est en train de maquiller une actrice.

La maquilleuse (à part) : « La séance de maquillage pour les acteurs est souvent la dernière étape avant de jouer une scène. Certains acteurs disent que c’est le moment où ils font le vide avant d’entrer véritablement dans la peau de leur personnage. Lorsqu’ils sont assis, quasi immobiles,

pendant que je m’occupe de leur donner les traits des personnages qu’ils doivent incarner, je les vois se concentrer et réfléchir pour trouver les attitudes, les gestes ou les regards qu’ils pourraient prendre afin d’être le plus proche possible de leur rôle dans la scène qui va suivre. D’autres sont surtout préoccupés par le texte et les répliques qu’ils doivent prononcer. Quelques fois, ils se le récitent mentalement pour le savoir par cœur, sans une seule hésitation, car ils savent que c’est en faisant en sorte que le texte soit totalement en eux et qu’ils le possèdent entièrement, qu’ils peuvent s’en libérer et se concentrer sur l’expression des émotions. Cela dit, le cinéma est en général moins rigoureux que le théâtre, ce qui fait que parfois les acteurs improvisent, tout en gardant l’idée maîtresse de leurs répliques, mais sans la formuler à la virgule près ; en plus, contrairement au théâtre, sur un plateau de tournage, on peut refaire la scène si quelqu’un a un trou ou n’est pas vraiment dans le rôle. Enfin, quelques autres acteurs avouent que le maquillage leur sert pour se sentir quelqu’un d’autre et offrir devant les caméras des choses qu’ils n’auraient pas osé donner en temps normal, dans la vie quotidienne. Après, bien sûr, il y a parfois à cacher les choses banales qui concernent tout le monde, comme les traits de fatigue, ou les marques des nuits un peu trop courtes... (A haute voix) Voilà, je crois que c’est bon. Qu’est-ce que vous en pensez ? »

L’actrice : « C’est très bien ; je n’ai rien à dire. Je me sens de suite plus à l’aise. Merci. » (Elle se lève et sort, satisfaite du travail de la maquilleuse).

 

 

 

        Scène 3 : Installation Des Décors Avant Une Scène

           

        Une partie de l’équipe se presse pour mettre en place le décor de la prochaine scène.

Le chef opérateur (à l’ensemble de l’équipe) : « Il faudrait une caméra dans l’angle, là-bas, et une autre ici, à cet endroit. La première permettra d’avoir une vue d’ensemble de la scène, et la seconde filmera plus en plans rapprochés. »

Le chef décorateur (aux machinistes) : « Est-ce que vous pouvez déplacer ce meuble un peu vers la droite, et pousser la table pour qu’elle ne soit pas en plein champ. »

Le premier cadreur : (aux machinistes) « Caméra 1 : j’ai des câbles qui apparaissent dans le champ à gauche ; il faudrait les faire passer un peu plus bas pour qu’ils ne se voient plus.  Merci. »

L’accessoiriste (au chef décorateur) : « Je pose ce vase et ce chandelier sur le buffet, et le cendrier sur la table. C’est ça ? »

Le chef décorateur (à l’accessoiriste) : « Oui, Oui ; comme ça, c’est très bien, merci. »

Le pointeur (au second cadreur) : « Je pense que ça serait bien que tu recules d’un mètre environ la caméra ; la distance entre elle et l’endroit où vont jouer les acteurs est trop petite. »

Le troisième cadreur (au chef opérateur) : « Pour la troisième caméra, je me mets là ? »

Le chef opérateur : (au second cadreur) « Un peu plus sur ta droite, et c’est bon. »

La scripte (au chef opérateur) : « Je crois qu’il serait nécessaire d’avoir un peu plus de lumière, car la scène se passe normalement en plein jour, et que là le soleil commence à diminuer. »

Le chef opérateur (au script) : « OK. (Aux machinistes) On va rajouter un projecteur là-bas. »

Le second cadreur (aux machinistes) : « Attention ! J’ai le pied du projecteur dans le champ ; reculez-le un peu. »

Le perchman (aux cadreurs) : « Si je mets le micro à cette hauteur, comme ça ; vous ne l’avez pas dans le champ ? »

Le premier cadreur (au perchman) : « Non, non, c’est bon. »

Le second cadreur (au perchman) : « Pour moi aussi. »

Le réalisateur (à part) : « Je vais voir si les acteurs sont prêts. » (Il sort d’un pas décidé, pendant que le reste de l’équipe apporte les derniers petits réglages).

 

 

 

        Scène 4 : Exemple De Scène En Intérieur

          

        L’équipe de tournage est dans le salon d’un hôtel.

Le réalisateur (à l’ensemble de l’équipe) : « Silence, s’il vous plaît ; on va y aller. Moteur. »

Le premier cadreur : « Ca tourne. »

Le clapman : « Entrevue dans le salon de l’hôtel : première. »

Le réalisateur : « Action ! »

L’actrice : « J’ai tenté de parler à mon mari, mais... tu sais comment il est : il ne veut rien savoir. »

L’acteur : « Pourtant, ça me ferait tellement plaisir de reprendre contact avec lui. J’imagine qu’il pense encore à ce qui c’est passé il y a cinq ans, mais je n’ai jamais... »

Le réalisateur : « Coupez ! (Aux acteurs) Non, ça ne va pas. (Se tournant vers l’acteur) Il faut que tu aies l’air plus attristé, plus accablé, et en même temps un peu en colère intérieurement, parce que ça fait plus de cinq ans que tu voudrais qu’il te pardonne et qu’il ne l’a encore jamais fait. (Se tournant vers l’actrice) Toi, c’est bon. (A l’ensemble de l’équipe) OK, on y retourne. Moteur. »

Le premier cadreur : « Ca tourne. »

Le clapman : « Entrevue dans le salon de l’hôtel : deuxième. »

Le réalisateur : « Action ! » (L’actrice et l’acteur recommencent le dialogue que le réalisateur venait d’interrompre).

 

 

 

        Scène 5 : Composition De La Musique

         

         Le compositeur est face à son piano.

Le compositeur (à part) : « Voilà... Je pense que ça peut être une mélodie suffisamment intéressante pour devenir le thème principal du film. Il me semble qu’elle traduit bien l’atmosphère du récit, et je crois qu’elle peut se reconnaître assez facilement ; c’est en général les deux choses les plus importantes pour le thème principal d’une bande originale. Je verrai ça avec le réalisateur, et s’il trouve qu’elle se marie bien, tout en les renforçant, aux émotions qu’il a voulu faire passer à travers les images, alors on la gardera. Ca serait intéressant qu’elle arrive dès les premières minutes du film, pour donner un aperçu du thème, et puis qu’elle soit jouée en entier pendant le générique de fin ; et pendant le déroulement de l’histoire, faire entrer de temps à autres des variations sur ce thème, pour que cette mélodie fonctionne comme un fil conducteur musical. Maintenant que je suis satisfait de la mélodie principale, je vais l’écrire dans plusieurs orchestrations différentes : une ébauche d’arrangement pour orchestre, et puis une version piano seul. Après, il faudrait que je trouve des petits motifs musicaux : l’un pour intensifier le côté dramatique de la fin du récit, et un autre, plus gai et enlevé, pour marquer l’ambiance joyeuse des premières scènes. Allez, je ferais bien de relever les notes de ma mélodie principale pour ne pas la perdre... » (Il pose ses mains sur le clavier et se met à jouer).

 

              

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