L'ENFANCE D'UN FILM

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ACTE II : LES PREMIERS PAS

 

 

 

   

 

 

        Scène 1 : Repérage Des Lieux De Tournage

          

        Le réalisateur et le chef décorateur sont debout dans le salon d’une villa.

Le chef décorateur : « Voilà, on a fait le tour. Je pense que c’est une maison vraiment intéressante. »

Le réalisateur : « Je pense aussi. Elle me semble bien représenter l’atmosphère dans laquelle se déroule de temps à autre l’intrigue du scénario. Pour les scènes intérieures comme pour les quelques scènes qui ont pour cadre le jardin de la villa, je crois que c’est très satisfaisant. »

Le chef décorateur : « En plus, on n’entend que quelques fois, et encore vaguement, le bruit de la circulation, ce qui facilitera le tournage et surtout le montage son. »

Le réalisateur : « C’est vrai que l’ambiance sonore est parfois quelque chose d’encombrant. Pour l’image, on peut éventuellement jouer avec le soleil, mais on se sert toujours de l’éclairage des projecteurs pour obtenir la lumière qu’on souhaite au cours d’une prise, même si les monteurs affinent quelques fois le résultat final par des procédés informatiques. Pour le son, en revanche, si le lieu de tournage qu’on a choisi se trouve près d’une source sonore importante, comme un boulevard très circulant ou des travaux, on ne peut pas faire grand chose pour y remédier, à moins de demander de tout interrompre, ce qui n’est pas pensable, sauf peut-être pour des énormes productions. Et on se retrouve avec des prises qu’on garde parce que l’image est bonne, mais où il faudra réenregistrer entièrement la bande son. »

Le chef décorateur : « Il faut alors enchaîner les séances de studio pour permettre aux acteurs de rejouer, devant des micros, les scènes qui ne sont pas satisfaisantes, et caler la bande sonore ainsi obtenue sur les images correspondantes. Tout un boulot... »

Le réalisateur : « Ici au moins, dans cette villa assez en retrait, je pense qu’on n’aura pas trop ce problème. Allons dire au loueur que nous sommes OK. » (Ils sortent, contents du lieu qu’ils ont trouvé pour une partie des scènes du film).

 

 

 

        Scène 2 : Choix Des Acteurs Principaux

          

        Le réalisateur est assis dans un fauteuil.

Le réalisateur (à part) : « Le choix des acteurs principaux est quelque chose d’important, car il arrive très souvent qu’on identifie un film aux deux, trois ou quatre acteurs essentiels. Ce sont ces quelques acteurs là, ou même un seul acteur ou une seule actrice, qui vont porter le film ; ce sont eux qui apparaîtront bien sûr le plus souvent à l’écran, mais aussi eux qui figureront sur l’affiche du film, et qui seront sollicités pour faire la promotion dans les médias, et ce parfois dès que le tournage est terminé et que le montage est encore en cours. La réussite d’un film dépend en partie du choix du ou des acteurs que fait le réalisateur, en l’occurrence moi, pour le ou les personnages principaux, car les fonds nécessaires à la réalisation du projet sont plus faciles à trouver si on a une célébrité du cinéma à l’affiche, plutôt qu’un illustre inconnu ; quant aux spectateurs, ils iront voir en général plus spontanément un film où il connaissent au moins un acteur, une actrice ou le réalisateur, plutôt que quelque chose qui leur est totalement étranger... (Entre un ami du réalisateur).

Son ami : « Salut ! »

Le réalisateur (à haute voix) : « Salut ; comment ça va ? »

Son ami : « Bien, bien. Tiens, regarde, je t’ai apporté quelques courts métrages où jouent quelques actrices encore peu connues, mais qui à mon avis ont beaucoup de talent. Comme tu m’avais dit que tu cherchais quelqu'un qui pourrait se mettre le mieux dans la peau de l’héroïne, peut-être que tu en trouveras une dans ce que je t’apporte... »

Le réalisateur : « Ah ! C’est vraiment sympathique de ta part. Viens, on va dans le salon, et on en passera un ou deux pour voir. » (Ils sortent, le réalisateur enthousiaste à l’idée de découvrir un ou plusieurs visages susceptibles de coller avec les personnages du nouveau scénario qu’il doit mettre en scène, et son ami prenant sous le bras les cassettes des courts métrages qu’il venait d’apporter).

 

  

 

        Scène 3 : Choix De L'Équipe Technique Et Obtention Des Autorisations De Tournage En Extérieur

          

        Le directeur de production fait les cent pas dans son bureau, un téléphone portable à l’oreille.

Le directeur de production (à haute voix) : « Bonjour, je souhaiterais parler avec un des responsables. Je suis directeur de production, et nous avons actuellement un projet cinématographique en cours où nous aurions besoin, pour quelques scènes, du cadre d’un hôtel, et les membres qui s’occupent de la réalisation ont pensé au vôtre ; donc, je voudrais obtenir une autorisation pour filmer. Oui, je ne quitte pas, merci. (A part) Chaque fois qu’on veut tourner autre part que dans un studio, il y a toujours les même démarches à effectuer : il faut prendre contact avec ceux qui gèrent l’endroit où on souhaite tourner pour leur demander une autorisation, indispensable pour un tournage en bonne et due forme. Ce n’est bien souvent qu’une simple formalité, mais une formalité nécessaire pour ne pas risquer d’avoir des problèmes liés au fait qu’on soit passé au travers des lois. De plus, c’est important de se procurer toutes ces autorisations avant le début de la mise en scène, pour que pendant le tournage, il y ait le moins possible d’affaires administratives à régler, afin de suivre dans les temps le calendrier de tournage. Ces détails là prennent du temps ; et le temps, c’est de l’argent... Une fois que je serai sûr d’avoir toutes mes autorisations, je me pencherai sur le choix de l’équipe technique... (A haute voix) Oui, merci. (A voix basse) Ah ! Enfin ; c’est pas trop tôt... Patientez, patientez... » (Content qu’on lui passe enfin un responsable, il s’apprête à lui faire part de son projet).

 

    

 

        Scène 4 : Mise En Place Du Calendrier De Tournage 

          

        Le directeur de production est assis derrière son bureau.

Le directeur de production (à part) : « Voilà une des choses importantes de mon job : le calendrier de tournage d’un film. Ca a l’air simple à première vue, et on croit qu’il suffit de voir en gros ce qu’on prévoit pour la première semaine de tournage, puis pour la seconde ; mais en vérité, c’est un peu plus complexe que ça... Pour des grosses productions, il y a parfois plusieurs centaines de personnes qui travaillent, et même si elles n’ont pas un contact direct et quotidien avec la réalisation réelle du film, il faut que chacune puisse consulter le plan précis du tournage, pour être prête les jours où elle doit normalement l’être. Un écrivain ne se fixe pas, en général, de calendrier d’écriture, et choisit juste, éventuellement, une date où il voudrait avoir terminé son livre ; un compositeur ou un peintre peuvent faire de même. Le tournage d’un film, en revanche, fait appel à trop d’individus pour se permettre de ne pas établir un calendrier rigoureux. De plus, certaines scènes demandent beaucoup de moyens et peuvent revenir très chères, c’est pourquoi pour des scènes comme ça, qui exigent un budget important, tout doit être cadré, pour qu’il n’y ait pas de journées entières de tournage inutiles, car chacune d’entre elles coûte cher. Enfin, certains tournages s’étalent sur plusieurs mois, et le calendrier permet alors de voir précisément où on en est. (Entre un stagiaire).

Le stagiaire : « Je ne vous dérange pas ? »

Le directeur de production : « Non, non. J’allais commencer à poser les grandes lignes d’un calendrier de tournage. Je vais t’expliquer, si tu veux, en quoi ça consiste, et te montrer, qu’entre tout, ce n’est toujours très simple... » (Le stagiaire s’assoit, l’air à la fois intéressé et perplexe).

 

   

 

        Scène 5 : Choix Des Acteurs Secondaires Et Des Figurants

          

        La directrice de casting est assise sur une chaise, placée devant la scène qui va servir à l’audition d’acteurs inconnus, postulant pour les seconds rôles du film.

La directrice de casting (à part) : « Je suis souvent étonnée de voir le nombre de gens qui se présente aux castings. Pour beaucoup, même pour tous, je dirai, le cinéma est un rêve, et ils ont toujours voulu être acteur ou actrice. Mais comme dans l’ensemble des métiers artistiques, dans le cinéma, il y a beaucoup de prétendants et peu d’élus, et lorsqu’un acteur ou une actrice tourne dans de grands films, touche des cachets parfois excessifs, et fait les couvertures des magazines, à côté, cens autres parviendront au mieux à en vivre ; et tout ça n’est pas forcément qu’une question de talent, car la chance, ou le hasard, est aussi quelque chose d’important. La volonté et la persévérance sont aussi des choses qui me semblent fondamentales. Lors des castings que j’organise, il m’arrive de rencontrer des jeunes, qui ne correspondent pas à ce que je cherche, mais que je sens vraiment motivés, et je leur conseille alors de prendre des cours de théâtre pour se perfectionner. Et puis, bien sûr, il y a les exceptions... Elles sont rares, mais ça m’est déjà arrivé quelques fois, depuis que je fais ce métier, de voir entrer un ou une inconnu, qui a l’air d’être là plus pour voir comment se passe un casting que par une volonté absolue d’obtenir un rôle, et qui dès qu’il ou elle a lu quelques lignes de la scène proposée, on sent que c’est la personne idéale pour le rôle, et on perçoit un talent inné et un potentiel de jeu extraordinaire... C’est vrai que c’est un moment assez particulier... » (Entre un premier jeune acteur) (A haute voix) Bonjour. Bon, présentez vous : votre nom, votre âge ; puis vous me jouez le passage qu’on a demandé. » (Le jeune acteur, un peu fébrile, se lance, face à la directrice de casting qui l’observe impassiblement).

 

   

    

        Scène 6 : Préparation Des Costumes

        

        La costumière est devant un rayon de vêtements.

La costumière : « Ce que je dis souvent aux jeunes qui sont intéressés par mon métier, c’est qu’une des plus grandes satisfactions est qu’on ne remarque pas notre travail... Bien sûr, j’en rajoute, mais je veux dire par là qu’un costume réussi est un costume qui se fond à tel point dans l’atmosphère de la mise en scène, qu’il n’en est plus qu’un élément parmi d’autres. En réalité, c’est le cas pour plusieurs métiers du cinéma, comme ailleurs : c’est ce qui semble le plus fluide qui est souvent ce qui a demandé le plus de travail. Je pense que le travail vraiment abouti est celui qui ne laisse presque aucune trace. Bref... Pour en revenir au costume lui-même, ça reste un détail, mais un détail essentiel, non seulement parce qu’il choque dès qu’il n’est pas entièrement intégré dans le cadre du film, et puis aussi parce qu’il peut fixer en un instant quelques caractéristiques des personnages. Sans que ceux-ci aient à parler, on peut, avec leurs habits, comprendre leur profession, leur niveau social ou leurs aspirations, ainsi que l’époque et le climat dans lesquels veut se plonger le film. (Entre un acteur).

L’acteur : « Bonjour ; je viens chercher le costume que je dois mettre pour la scène de demain soir. Vous pouvez me le donner, s’il vous plait ? »

La costumière : « Ah oui ; très bien. Je viens de terminer les quelques retouches qu’il fallait y apporter. Il est prêt. Venez. » (Ils sortent pour aller chercher, dans une salle attenante, le costume que doit porter l’acteur le lendemain).

 

              

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