L'ENFANCE D'UN FILM

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ACTE I : NAISSANCE

 

 

 

   

 

 

        Scène 1 : Idée Maîtresse Du Film

          

        Le scénariste est dans son salon.

Le scénariste (à part) : « J’avoue que je suis assez fier de moi ! Je crois que je viens de trouver une idée de scénario vraiment intéressante. Ca fait longtemps que je cherchais quelque chose d’à la fois original et prenant. Je pense que cette trame, dont je viens d’avoir l’idée, peut devenir un bon film, si j’arrive à bien la développer, bien sûr ; et le développement n’est pas si facile que ça en a l’air. On peut avoir une idée excellente au départ, mais si la façon de l’amener et de la mettre en forme ne suivent pas, alors ça ne donne rien de bon. Enfin... En ayant trouvé cette idée, je suis vraiment content, car ça reste néanmoins le plus difficile : on a beau chercher des heures, si notre imagination ne veut rien donner, elle ne donnera rien ! En fait, j’ai fini par comprendre qu’il ne fallait pas trop chercher l’inspiration, car un jour où on ne s’y attend pas, elle frappe à notre porte avec une évidence déconcertante. Alors, on se demande souvent comment on n’y a pas pensé plus tôt ; et ce qui est bizarre, c’est que, de même qu’on pourrait dire que ça vient entièrement de nous et que c’est presque une part de nous même qu’on s’apprête à extraire de l’ombre, de même, on pourrait dire que c’est quelque chose d’étrange qu’on vient à peine de découvrir. Cela étant, il arrive aussi qu’une idée semble excellente au moment où on l’a, et puis une fois l’exaltation passée, quand on y revient quelques jours après, on la trouve fade et sans aucun intérêt. Je ne crois pas que ce soit le cas pour celle-là, mais... » (Entre sa femme) Ah, bonjour ma chérie ! Je vais te raconter la nouvelle histoire que j’ai imaginé ; à mon avis, tu vas la trouver géniale ! » (Il embrasse sa femme, la fait s’asseoir à côté de lui, et s’apprête à lui raconter son histoire avec un enthousiasme qui la fait sourire).

 

 

 

        Scène 2 : Écriture Du Synopsis

          

        Le scénariste est assis à la table d’un café.

Le scénariste (à part) : « Bon, il s’agit maintenant de rédiger ma nouvelle idée sur deux ou trois pages, en faisant bien apparaître le fil conducteur de l’histoire et ses évènements principaux. Mais ce n’est pas parce qu’il ne va y avoir qu’une centaine de lignes maximum que ça s’écrit en un rien de temps, et ce n’est pas non plus parce que mon récit n’est pas destiné à être un roman que je peux pour autant négliger totalement la manière dont je le raconte. Si je veux que cette idée ait quelques chances de devenir un film, il faut que sa lecture soit prenante, afin qu’elle puisse intéresser un producteur puis une équipe de réalisation. Je sais aussi qu’on est un bon nombre, débutants, amateurs ou professionnels, à écrire ainsi sur du papier les grandes lignes d’une histoire qu’on imagine tout à fait faite pour le grand écran. Alors, lorsqu’ils reçoivent tous ces manuscrits, les producteurs doivent faire un tri et choisir celui qui semble avoir le plus de potentiel. Allez, je vais tenter de rédiger les premières lignes, et quand j’estimerai que toute mon histoire sera bien conduite, je la ferai passer à quelques producteurs dont j’ai les adresses, en espérant une réponse favorable. Je crois que... (Entre le serveur du café).

Le serveur : « Bonjour ; qu’est ce que je vous sert ? »

Le scénariste (à haute voix) « Comment ? Ah oui ; heu... Attendez, heu... Vous pouvez revenir dans deux minutes, s’il vous plait ? Je n’ai pas encore choisi. » (Le serveur s’éloigne, l’air étonné que l’on puisse mettre autant de temps à choisir ce que l’on veut boire).

 

 

 

        Scène 3 : Discussion Sur L'Intérêt Du Projet

          

        Le scénariste est dans le bureau du producteur.

Le producteur : « Votre synopsis m’intéresse beaucoup ; je le trouve original et bien tourné. Il me semble qu’on peut en faire quelque chose d’intéressant. Vous vous êtes inspiré d’un roman, ou d’une pièce de théâtre ? »

Le scénariste : « Vous savez, en réalité, c’est assez difficile de le dire : je n’ai pas eu l’impression en écrivant cette histoire de m’inspirer d’une œuvre connue ou moins connue, mais je crois qu’inconsciemment, elle s’est en partie construite par rapport aux lectures que j’ai pu faire ou aux choses que j’ai vécu. Si je sais que j’ai travaillé l’idée pour la présenter sous son meilleur angle, en revanche, je ne sais pas trop comment elle est arrivée à moi. »

Le producteur : « Oui, c’est ce qu’on appelle le mystère de l’inspiration. On dit que l’art c’est 99% de travail et 1% d’inspiration. Je pense que ce n’est pas loin d’être vrai ; mais le 1% d’inspiration est fondamental, car sans lui il n’y a même pas de base sur quoi travailler. »

Le scénariste : « Effectivement, c’est aussi un peu  ma façon de voir la création artistique. »

Le producteur : « Pour en revenir au synopsis, je suis prêt à tenter l’aventure. Il faudra discuter du budget, mais je crois que je peux trouver des partenaires intéressants. En ce qui concerne la mise en scène, je connais deux ou trois réalisateurs susceptibles d’être vraiment emballés par ce genre de film. Je les contacterai, et je discuterai du projet avec eux. »

Le scénariste : « Je suis heureux que vous trouviez mon projet intéressant. »

Le producteur (regardant sa montre) : « Oh ! Je n’ai pas vu l’heure tourner ; j’ai un rendez-vous dans un quart d’heure et c’est à l’autre bout de la ville. Je suis désolé ; vous voyez avec ma secrétaire pour qu’on se revoit la semaine prochaine afin de signer le contrat. »

Le scénariste : « Oui, oui, bien sûr. » (Ils se lèvent).

Le producteur : « Je vous raccompagne. » (Ils sortent, le scénariste très satisfait de son entretien, et le producteur inquiet d’arriver en retard à son rendez-vous).

 

 

 

        Scène 4 : Écriture Détaillée Du Scénario

        

        Le scénariste est assis à son bureau.

Le scénariste (à part): « Maintenant que je ne suis plus tout seul dans ce projet, que j’ai trouvé un producteur pour le financer, il me  reste à détailler cette histoire pour la mettre sous la forme d’un scénario de film définitif. L’essentiel du travail consiste à découper l’ensemble du récit pour le proposer dans une suite de scènes, dont chacune représente en général une unité de temps, de lieu et d’action. En fait, l’écriture d’un scénario à quelques points communs avec l’écriture d’une pièce de théâtre... Bien détailler l’histoire est important, car une fois définitivement achevé, le scénario sert à beaucoup, ou même à la totalité, des membres de l’équipe qui mettent en œuvre le film. Le découpage en une succession de scènes permet à tout le monde d’avoir un plan précis sur un projet qui est en train de se réaliser. Le tournage, à cause de la météo ou des lieux et du matériel loué, ne respecte pas toujours l’ordre des scènes, et aussi certaines scènes demandent beaucoup de préparation et doivent êtres réfléchies longtemps à l’avance. Voilà pourquoi une structure précise est souvent indispensable, avant même de commencer quoi que ce soit. Mais il faut aussi affiner le récit principal et développer un peu plus les intrigues secondaires, afin que toute l’équipe, et surtout le réalisateur, se sentent impliqués dans l’histoire et arrivent à avoir une bonne vision de ce que pourra être le résultat. Bref... J’ai donc encore pas mal de boulot... »

Sa femme (au loin) : « Loulou ! Téléphone, c’est pour toi. »

Le scénariste (à voix basse) : « Ah ! Peut-être le producteur qui m’appelle pour me dire qu’il a trouvé un réalisateur ! (A haute voix) J’arrive ! » (Il sort rapidement, l’air à la fois fébrile et enthousiaste).

 

 

 

        Scène 5 : Recherche Des Fonds

          

        Le producteur est assis au fond de son fauteuil, derrière son bureau, un cigare à la main.

Le producteur (à part) : « L’histoire peut être la plus originale et la plus prenante, si on ne trouve pas le budget nécessaire pour financer sa mise en scène, elle restera un projet et rien ne pourra se concrétiser. Le cinéma est pour ça un vrai casse tête, car en additionnant les salaires de tous les membres de l’équipe qui réalisent le film, et l’achat, l’entretien ou la location de tout le matériel indispensable au tournage, on arrive souvent à des budgets non négligeables, même pour une mise en scène en apparence relativement modeste. Depuis que je fais ce métier, ça m’est arrivé d’interrompre le tournage faute de moyens suffisants, pour le reprendre plus tard quand j’avais enfin trouvé les fonds nécessaires. Quelques fois aussi, un scénario qu’on trouvait intéressant, est resté longtemps comme un projet irréalisable, et parfois même n’a jamais vu le jour, seulement parce qu’il nous manquait des moyens financiers. Cela étant, je comprends aussi les partenaires, car on leur demande d’investir dans quelque chose dont on ne peut jamais affirmer la réussite, bien qu’on estime que le film qu’on leur propose de financer en partie, a un grand potentiel et qu’on y croit. C’est le cas pour cette histoire, et c’est pourquoi je me suis engagé ici en tant que producteur. C’est désormais sur moi que repose la possibilité de pouvoir concrétiser ce projet, jusqu’à le mener à terme. » (Entre la secrétaire).

La secrétaire : « Voilà, je vous apporte les numéros de téléphone que vous m’avez demandé ainsi que quelques courriers à signer. »

Le producteur (à haute voix) : « Merci bien. (La secrétaire sort) (A voix basse) Bon, je vais d’abord appeler les quelques réalisateurs qui pourraient êtres intéressés par ce projet, et je m’occuperai ensuite du budget. » 

 

     

 

        Scène 6 : Écriture Des Dialogues

          

        Le scénariste et la dialoguiste sont assis dans des fauteuils autour d’une table basse.

La dialoguiste : « Ca m’a toujours fasciné de voir comment les répliques d’un film peuvent être² importantes, et comment certaines deviennent au fil du temps des phrases cultes. C’est peut-être pour ça que je trouve mon métier toujours aussi passionnant. Je serai très fière d’être l’auteur d’un dialogue qui, dit par deux grands acteurs, resterait inoubliable, jusqu’à faire à lui seul le succès d’un film... Je rêve sans doute un peu, bien sûr, mais... »

Le scénariste : « En tout cas, c’est vrai que les dialogues ont une place importante dans beaucoup de réalisations ; et on se souvient de la réplique d’un acteur ou d’une actrice, dans une situation donnée, sans qu’on se rappelle parfois du titre exact du film dans lequel sont prononcés ces mots. Et puis bien sûr, il y a quelques répliques tellement célèbres qu’elles ont marqué l’histoire du cinéma, et des gens les connaissent sans pour autant avoir vu le film dans lequel elles sont dites. »

La dialoguiste : « Oui, il en existe quelques unes comme ça d’incontournables... Félicitations à ceux qui les ont écrites ! »

Le scénariste : « Mais, je crois que l’acteur qui les prononce y est aussi pour une part non négligeable. Les même mots peuvent être dits de plusieurs façons différentes selon les acteurs... Certains savent ajouter une dimension supplémentaire aux mots, en jouant avec le ton de la voix, l’attitudes, les gestes, le regard... »

La dialoguiste : « Effectivement, les acteurs et les actrices parviennent à faire des répliques quelque chose d’extrêmement vivant ; mais avant d’en faire quoi que ce soit, il faut qu’elles soient écrites... »

Le scénariste : « Alors mettons nous au travail... » (Ils se regardent en riant un instant, puis se penchent sur le scénario).

 

       

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